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Préserver la biodiversité

La biodiversité constitue un bien commun, un capital à transmettre aux générations futures, nos enfants. Conservée dans sa richesse (diversité des espèces – faune et flore – et des gènes au sein d’une même espèce), elle fournit des « services écologiques » indispensables à l’homme tels que la production de ressources (nourriture, bois, …), la purification (air, eau, sol), et la qualité du cadre de vie (espaces naturels, …).

Ainsi, l’homme, et ses modèles économiques, sont à la fois dépendants de la biodiversité et sources d’appauvrissement pour elle,
à travers 5 grandes causes :

  • Le réchauffement climatique et donc les émissions de gaz à effet de serre ;
  • La pollution (sol, air, rivières, nappes phréatiques, océans… ) ;
  • La réduction des espaces naturels (urbanisation et imperméabilisation des sols) ;
  • La surexploitation des espèces (sélection pour l’agriculture, pêche intensive …) ;
  • Le développement d’espèces invasives (frelons asiatiques et autres)

L’enjeu (cf. enjeux) est aussi bien international que local. 

Préserver la biodiversité peut se concevoir selon plusieurs niveaux d’engagement : prendre conscience de notre interdépendance, réduire nos nuisances, protéger la biodiversité à commencer par les espèces menacées, et devenir source de re-développement de la biodiversité.

Pourquoi s’intéresser à la biodiversité en tant qu’entreprise ?

  • Respecter / Anticiper les contraintes réglementaires
  • Maîtriser le risque assurantiel et financier en cas d’atteinte à l’environnement
  • Anticiper le bouleversement des écosystèmes : En quoi mon activité utilise-t-elle des services rendus par la biodiversité ? dans quel sens évoluent-ils ?
  • Réduire des coûts (en utilisant un service rendu)
  • Maîtriser les risques (perte d’un service écologique, ex : ressource rendant un service d’approvisionnement)
  • Innover / se différencier (nouveaux usages, biotechnologie, bio-mimétisme,…)
  • Etre solidaire / contribuer à un enjeu territorial majeur
  • Valoriser son action dans le cadre de réponse à des marchés responsables (privés ou publics)
  • Renforcer sa stratégie RSE à plusieurs niveaux : qualité de vie et bien-être au travail mais aussi mobilisation des salariés autour de la démarche RSE. 

Pour faire un premier pas, quelques actions accessibles…

  • Maîtriser les risques environnementaux liés à l’utilisation de produits dangereux : substitution, bac de rétention, …
  • Aménager les locaux de son entreprise pour favoriser le développement de la biodiversité
  • Sensibiliser les salariés à travers des actions collectives : recensement, compost, jardins partagés,

Pour les plus avancés : évaluer et rendre compte de l’action en faveur de la biodiversité :

  • Evaluer son interdépendance à la biodiversité à travers un bilan biodiversité, et tableau de bord associé
  • Faire entrer la biodiversité dans le bilan : Comptabilité universelle et évaluation du capital immatériel

Au niveau européen,

les sites Natura2000 identifient les espaces terrestres ou marins où les espèces sauvages, animales ou végétales, et leurs habitats sont particulièrement rares ou fragiles.

Deux directives européennes, transcrites en droit français depuis, régissent la protection d’espèces de la faune et de leurs habitats, avec interdiction de la perturbation intentionnelle, raisonnement à l’échelle de la population, et conditions de dérogation et mesures de compensation (AM du 19/02/2007).

La réglementation française

(principalement code de l’environnement) prévoit : 

  • La protection d’une liste d’espèces de faune (loi n°76-629 du 10 juillet 1976) et flore (liste nationale publiée par AM du 20/01/1982 et liste régionale publiée par AP du 25/01/1993) et un régime général interdisant les pratiques qui constituent une menace pour la conservation des espèces et habitats listés (directives Oiseaux 79/409/CEE du 2/04/1979 et Habitats 92/43/CEE du 21/05/1992) y compris la restriction d’usage de substances toxiques nuisibles.
  • L’obligation de réaliser une étude d’impact en amont d’un projet d’aménagement (dans quels cas ?), dont le contenu est proportionné à la sensibilité de la zone affectée par le projet, à l’importance et à la nature des travaux, ouvrages et aménagements projetés et à leurs incidences prévisibles sur l’environnement ou la santé humaine (art. R. 122-5.- I. du CE). Cette étude donne lieu à des préconisations et un plan d’action pour : éviter, réduire, compenser.
  • Le provisionnement comptable et financier du risque environnemental pour les sites ICPE
  • Des règles sanitaires de récupération et utilisation des eaux pluviales.
  • L’identification et la mise en place de trames vertes et trames bleues pour en organiser la continuité écologique (Grenelle 2)
  • La protection du littoral → Loi littoral
  • La protection des milieux aquatiques → Loi sur l'eau et décrets d'application, notamment avec la nomenclature.

Dans le cadre de la stratégie nationale de biodiversité (2011-2020), la loi Biodiversité adoptée en juillet 2016 :

- interdit l'usage des néonicotinoïdes au 1er septembre 2018 ;

- introduit dans le code civil, la reconnaissance du préjudice écologique qui oblige le responsable d'un dommage à l'environnement à le réparer "par priorité en nature" ou, à défaut, à acquitter des dommages et intérêts.

A l’échelle du territoire,

les préjudices causés à l’environnement sont envisagés sous l’angle de la fonction écologique à laquelle il portent atteinte : air, eaux, espèces.

A considérer également : projet de parc naturel & réserve naturelle régionale/nationale

En première approche, au delà de l'application réglementaire, 3 pistes d’actions se dégagent pour favoriser le développement de la biodiversité, en complément les unes des autres :

  1. Prendre en compte la biodiversité dans les activités de l’entreprise
  2. Aménager les sites / bâtiments de l’entreprise pour en développer l’apport écologique
  3. Impliquer les salariés dans des actions collectives et pédagogiques autour de la biodiversité
  4. Facteurs de succès / écueils à éviter

 

1)      Prendre en compte la biodiversité dans les activités de l’entreprise

Trois pistes principales :

Maîtriser les risques :

Les pollutions qu’elles soient dans l’air (émissions), dans l’eau (effluents) ou le sol (produits toxiques) et risques associés doivent être identifiés (Cf. COPR Cellule opérationnelle de prévention des risques) et réduits à minima, et en dessous de la biocapacité de la terre à dépolluer (services de régulation), à travers :

  • la suppression/substitution lorsqu’elle est possible de tout intrant à l’origine du risque ;
  • un management approprié (traçabilité, protection, formation, dosage, déchet) des produits à risque ;
  • la mesure, le progrès continu pour réduire l’impact et quoiqu’il en soit : le respect des limites réglementaires. En cela, la mise en œuvre d’un management environnemental (type ISO14001 par étape) constitue une bonne pratique.

La gestion des déchets devrait entrer dans une logique d’économie circulaire (prévention, réduction, tri, valorisation) individuelle ou collective : approches d’écologie industrielle (zone d’activité) ou de filières (mise en commun de déchets pour être valorisés).

Les déchets organiques peuvent être regroupés en compost pour être valorisés localement : épandage ou méthanisation.

Bilan Biodiversité

L’identification des liens entre l’entreprise et la biodiversité s’envisage de manière systémique : elle concerne d’une part les services rendus par la nature et entrant dans le modèle économique, et d’autre part les atteintes potentielles ou réelles à la biodiversité qui découlent de l’activité de l’entreprise. Par cette approche, on s’assure une meilleure prise en compte des interdépendances entreprises/biodiversité.

Types de services écologiques Exemples
Services d’approvisionnement Bois de chauffe, nourriture animale et végétale, produits biochimiques (médicaments), eau potable, énergie renouvelable (vent, force hydrique,…)…
Services de régulation Stockage du carbone (photosynthèse et autres), qualité de l’air et purification de l’eau, régulation de la qualité des sols et de l’érosion, régulation du climat global, pollinisation, assimilation des déchets …
Services culturels Information et connaissance, patrimoine naturel spécifique à un territoire, paysages, récréation (cadre de vie),…
Cf. classification CICES ou guide « le bilan biodiversité » de nature parif aux éditions Victoires Editions

Les sources de dépendance et d’atteinte peuvent être directes ou indirectes (à l’origine d’autres acteurs dont notre modèle économique a besoin). Par exemple, l’agroalimentaire repose sur l’agriculture. La vulnérabilité de l’agriculture aux atteintes à la biodiversité est une source de dépendance indirecte pour le secteur agroalimentaire. On peut également s’appuyer sur les analyses sectorielles pré-existantes de risques/opportunités liés aux écosystèmes.

Compte tenu du coût que représenterait le remplacement des services écologiques par des procédés techniques (exemple : pollinisation), il s’agit d’œuvrer pour que les services écologiques identifiés soient préservés en amont (prévention, réduction d’impact), et reconstitués en aval le cas échéant (réparation, compensation).

Innovation produit

En cohérence avec la maîtrise des pollutions, les produits et emballages doivent être conçus de manière recyclables ou biodégradables.

Et, dans le cadre d’ingénierie de produits ou procédés, la biodiversité est source d’innovation tant comme source d’inspiration (bio-mimétisme) ou pourvoyeuse de services écosystémiques (ingénierie écologique, biotechnologie). Ces innovations supposent un approfondissement des connaissances en biodiversité.

2)      Aménager les sites / bâtiments de l’entreprise pour en développer l’apport écologique

Il s’agit de restaurer, accroître la fonction écologique (productive, régulatrice ou récréative) des sites et bâtiments d’entreprises tant pour l’amélioration du cadre de vie des salariés et riverains que pour l’apport réel à la biodiversité.

L’action peut porter sur :

  • L’amélioration des bâtiments et leurs abords afin de réduire leur impact sur la biodiversité voire même favoriser leur capacité d’accueil de la faune et de la flore.
    • Construction de bâtiments intégrant dès leur conception des sites de refuges et de nidification pour la faune (chauves-souris, oiseaux…)
    • Végétalisation des murs et/ou toits avec des plantes locales
    • Modification des clôtures permettant le passage de la petite faune
    • Réduction des surfaces de sol imperméabilisées
    • Régulation de l’éclairage nocturne
    • Classification du site en espace protégé
  • Une gestion adaptée des espaces verts :
    • Conception initiale des espaces verts préservant la biodiversité en place
    • Gestion différenciée des espaces verts avec des moyens adaptés (fauche, pâturage)
    • Lutte contre les espèces invasives (arrachage, pièges,...)
    • Restauration/création de milieux accueillants pour la biodiversité : plantation de haies bocagères avec des essences locales, restauration de prairies naturelles permanentes, création de mares, mise en place de murets de pierres sèches, tas de bois, réaménagement des bassins d’orage en zone humide accueillante.

La réflexion doit être contextualisée (en fonction de la proximité d’une zone naturelle protégée, ou de la localisation de l’entreprise sur une trame de continuité écologique) et menée en tenant compte de la biodiversité existante (abeilles solitaires vs abeilles domestiques), et des préconisations territoriales (services espaces verts ou associations environnementales), en évaluant l’apport global de l’action envisagée afin d’éviter tout greenwashing. Un aménagement de site réussi constitue un excellent socle à une démarche RSE impliquant les salariés.

3)      Impliquer les salariés dans des actions collectives et pédagogiques autour de la biodiversité

cf. Salariés, Comment agir

4) Facteurs de succès / écueils à éviter

  • Les actions en faveur de la biodiversité doivent être pertinentes (réellement contribuer à la restauration d’une fonction écologique sans en dégrader d’autres) surtout si elles se veulent pédagogiques. Eviter l’amateurisme, prendre conseil.
  • Savoir s’appuyer sur des salariés particulièrement sensibles au sujet voire porteurs de compétences, tout en leur donnant les moyens de l’action.
  • Savoir dialoguer avec les différentes parties prenantes concernées par le sujet de la biodiversité : collectivités, écoles, associations locales de protection de la nature, université (observation & étude) citoyens …
  • Dialoguer avec le territoire et identifier les synergies : aménagement, éducation,...

Peu de personnes du secteur privé sont suffisamment informées des enjeux actuels. Les salariés ne connaissent pas toujours l’ensemble des interactions existantes entre la biodiversité et l’activité de leur entreprise, et l’intérêt à s’investir pour sa préservation. Ils seront davantage mobilisés à mesure qu’ils sont informés, formés et associés aux enjeux environnementaux de l’entreprise. 

L’enjeu est de développer une vision partagée de la préservation de la biodiversité en valorisant notamment les connaissances et les savoir-faire des salariés à travers l’échange et le partage. Toute action pertinente en faveur de la biodiversité peut être prétexte à dialogue.

Qu’il s’agisse

  • d’implanter des jardins partagés, un bio-composteur, une ruche, un champ mellifère, d’accueillir des moutons… ;
  • de participer collectivement à un inventaire faunistique ou des opérations de nettoyage ;
  • de favoriser l’agriculture locale et biologique à travers la livraison de paniers de légumes… ;
  • d’impliquer les salariés dans une opération de mécénat (don, compétences, congés solidaires) en faveur de la biodiversité ;

Ces actions visent autant le développement de la biodiversité que la sensibilisation des salariés, des riverains, des écoles voisines, pour faire effet de levier : participer à développer la connaissance, éveiller des réflexes citoyens de sentinelles écologiques et essaimer pour que se multiplient les initiatives.

Ressources :

Bonnes pratiques :